L’année 1825  fut une année particulièrement riche en émotions personnelles et poétiques pour Amable tastu. 

La jeune femme, alors âgée de 30 ans,  aime la France, sa patrie. Elle n’hésite donc pas à répondre favorablement à l’appel des Bourbons qui, soucieux de ranimer les splendeurs de l’ancienne monarchie, invitèrent tous les poètes du temps à célébrer les magnificences  du sacre de Charles X en la cathédrale de Reims.

Amable choisit d’apporter son hommage à l’événement.  Elle chanta, en des vers mélodieux et mélancoliques,  la triste destinée de pauvres oiseaux « frêles victimes des royales solennités. » En effet, en vertu d’un vieil usage, on lâchait des  passereaux et des colombes  dans la cathédrale et ces oiseaux venaient se brûler misérablement aux feux des cierges et des candélabres. On est frappé  à la lecture de cette ode élégiaque par la triste majesté qui accompagne la mort de ces êtres innocents mais qui, par un dernier paradoxe,  trouvent  la liberté  dans la mort alors que les humains présents qui semblent libres ne font qu’obéir à un esclavage doré. Les victimes, quant à elles, immolées à la gloire d’un roi, accèderont à la liberté au-delà de la mort.

 Le poème  «Les  oiseaux du sacre » dit combien Amable était attachée à cette vertu fondamentale qu’est la liberté.

Mais la joie qui suivit le succès  de ces vers fut assombrie en cette année 1825 par la mort de Madame Dufrénoy,  sa mère en littérature, celle qui fut la première,  après avoir lu l’idylle « Le Narcisse »,  à encourager Amable. La jeune femme exprime  alors ses sentiments dans une ode intitulée « Sur la mort de Madame Dufrénoy ». Dans cet éloge, Amable dit à son amie que l’amitié est plus puissante pour braver la barrière des cieux que la gloire qui rappelle trop le monde frivole. Assurée de cette amitié dans l’au-delà, Mme Dufrénoy peut reposer en paix.

Ce poème, comme les précédents, confirme le succès croissant d’Amable Tastu dont les compositions ornent harmonieusement les revues littéraires de l’époque, telles Le Mercure de France ou La Muse française.

Et c’est au cours de cette année 1825, que   le président de l’Académie de Metz, Monsieur Bergery, propose d’admettre dans la classe des associés correspondants, les dames qui auraient « produit des ouvrages sanctionnés par l’opinion publique ».  C’est ainsi que Madame Tastu fut la première femme élue à l’Académie royale de Metz, le 15 septembre 1825. Amable Tastu, « l’admirable messine ! l’admirable française ! », comme la qualifiera André Bellard, en 1955, dans un de ses discours à l’Académie de Metz.

L’année suivante, en 1826, paraîtra  le premier recueil d’Amable Tastu intitulé « Poésies ».