Si, après 1830, Amable connut des motifs de satisfaction de plus en plus rares, elle n’eut jamais à se plaindre de son fils Eugène. L’affection d’Eugène et sa réussite professionnelle la consolèrent de bien des déceptions au sein de son couple.

 Eugène, qui fut élevé dans le respect des valeurs morales inculquées par ses parents,  fit de brillantes études secondaires et universitaires. En 1837, âgé de vingt ans à peine, il fut licencié en droit et, trois mois plus tard, devint élève consul. En 1839, après deux ans de formation à Paris,  il partit pour Smyrne en tant qu’élève consul en poste. Amable fut partagée entre la joie et la fierté liées à la réussite de son fils et l’inquiétude de le voir partir si loin pour un temps relativement long.

« Je vous félicite et vous plains à la fois de l’envoi de votre fils à Smyrne. Les pauvres mères sont bien malheureuses ; presque toujours elles ont à gémir de l’accomplissement des vœux qu’elles adressent au ciel pour le bonheur de leurs enfants… Vous me demandez pour lui ma bénédiction, je la lui donne de bon cœur, mais c’est la vôtre qui lui portera bonheur » lui écrit Béranger, l’ami de toujours en 1839

En 1842, Eugène est nommé consul 2e classe à Carthagène en Espagne. Amable ressentira d’autant plus la douleur de  la séparation que son époux Joseph partira le rejoindre en 1843. Elle attend les lettres qui, dit-elle, « nous rendent ce que l’absence nous enlève ».

En octobre 1843, elle écrit : « je suis toujours seule, et de mon gré, quoique ce soit un peu triste. Mais mon fils est si heureux de garder son père près de lui, et mon mari se trouve si bien avec son garçon, que je me contente de leur bonheur. Mon mari m’écrit bien cependant qu’il s’ennuie un peu après moi, et je crois que tous deux seraient plus heureux encore si j’étais près d’eux ; mais il faut se résigner à ne jamais avoir de joie complète en ce monde ».

Douce résignation effaçant la trace visible du chagrin…