Quel regard  Amable porte-t-elle sur le progrès technique qui caractérise son époque ? 

Un extrait du discours d’André Bellard, membre titulaire à l’Académie de Metz nous informe. Le texte, de 1955, s’intitule «Amable Tastu, une Messine au grand cœur, une grande méconnue ».

« En 1837, en tête du premier volume de ce que l’auteur a modestement intitulé « Proses »,  voici quelques lignes d’une nouvelle  Fabien, le rêveur où elle met en scène une manière de philosophe. Déclaration de principe de Fabien, évidemment porte-parole d’Amable :

 Pardonnez-moi, je ne crois pas au progrès, je crois seulement que d’un siècle à l’autre, les hommes ont besoin de changer le mot qui les rallie : Utilité, c’est celui de notre âge, en lui est la force du présent, et peut-être … la religion de l’avenir. Nous guidera-t-il plus droit et plus loin que ceux que nous avons déjà usés et jetés à l’écart ? Je ne le crois pas ; et fors le mot, que nous apportez-vous de nouveau ?                                                                                                                                                               « … à voir votre société mécanique, avec mille machines si habiles, si merveilleuses, il semble qu’elle soit occupée à filer la tombe de soie où elle doit s’endormir d’un sommeil  léthargique, jusqu’au jour qui lui rendra des ailes brillantes et un nouvel essor ».

Il  ne faut pas pour autant penser qu’Amable est  hostile au progrès mais, comme toute âme bien née,  elle déplore que l’homme n’apporte pas autant de zèle,  pour l’amélioration de son être moral et spirituel, que dans le domaine de ce qu’elle appelle « une société mécanique ».

 Pourtant, elle  s’émerveille face à ce que l’homme est capable de réaliser pour rendre la vie plus facile. On le constate dans le recueil  « Poésies nouvelles »  publié deux ans auparavant, en 1835. Même, elle espère plus encore de la machine mais …

Que voyager est une douce chose

Quand, la vapeur nous prêtant son secours,

L’œil seul chemine, et le corps se repose

Entre les bords d’un fleuve aux lents détours !

Ou, si l’on aime un essor plus rapide,

Quand à grand bruit le wagon intrépide

Fuit comme un trait sur sa corde de fer !...

Mais voyager sera meilleur peut-être

Alors qu’un art qui ne fait que de naître

Aura conquis le domaine de l’air !

 L’aviation ! Le mot n’existe pas encore mais  Amable l’espère déjà, en digne concitoyenne de  Pilâtre de Rozier. Cependant,  la grande conquête des temps modernes ne fera pas illusion à cette femme réaliste qui,  tout aussitôt, dans la strophe suivante soulève une question :

 En voyageant par le chemin des anges

Deviendra-t-on plus pur, meilleur, plus doux ?

 Le ton nous avertit qu’elle n’attend pas de réponse.