En 1839, l’Académie Française propose comme sujet de concours l’éloge de Madame de Sévigné.

Madame Tastu qui, depuis quelques années déjà, mettait le cours de sa vie entre parenthèses pour travailler sur des ouvrages en prose, fort attirée par le sujet, décida de concourir.

Nombreux furent ses amis qui la soutinrent avec ardeur. Chateaubriand, à qui elle envoie son manuscrit afin qu’il lui donne son avis avant l’épreuve publique le 11 juin 1840, lui écrit : « A merveille, Madame, rien à ajouter, rien à retrancher, pas même une virgule ! Mille hommages ».

La lecture publique de l’éloge commence ainsi :

« Messieurs,

Quand  pour la première fois  un nom de femme est choisi pour sujet de ce prix d’éloquence  qu’une femme a  cependant  la première  obtenue, quand ce nom est celui de Madame de Sévigné, d’agréables images se présentent  d’abord à l’esprit. Qui dit Sévigné, dit la grâce du langage, le charme des causeries familières, les doux épanchements du cœur,  et l’aimable cortège des qualités, des affections et des vertus féminines. Et cependant, deux siècles passés, tout ce que ce nom réveille, toutes ces sympathies, ces riants souvenirs, ces douces émotions, tout cela  vous le voyez, c’est de la gloire ».

Le succès d’Amable fut immense et elle reçut de nombreux témoignages de félicitations. Citons d’abord celui du compte-rendu  de la séance de l’Académie qui rend un hommage délicat à la lauréate : « La femme qui fut un grand écrivain au siècle de Bossuet, méritait de nos jours d’être louée par une autre femme, par celle qui, par des poésies célèbres, échappée à sa pure et modeste retraite, a donné tant de charme à l’expression poétique des sentiments de famille, et n’a jamais séparé l’imagination de la vertu ».

Amable reçoit les félicitations de Marcelline Desborde-Valmore qui  déborde de joie  « Je suis contente et ne peux résister de vous le dire. Tout ce qui vous élève et vous honore me charme… ». Guizot, qui était alors à Londres, lui écrit personnellement pour la féliciter.

Toutes ces marques  de reconnaissance  rendirent quelque sourire à Amable  qui fut, en 1840, la première femme depuis Madeleine de Scudéry en 1671, à remporter le prix d’éloquence.