Après la parution de son second recueil "Poésies nouvelles" en 1834, Mme Tastu se consacra, en grande partie, à la rédaction d'ouvrages éducatifs, historiques, récits de voyage ...

Parmi ses nombreux ouvrages d'éducation, il convient de citer "Lectures pour les jeunes filles ou leçons et modèles de littérature en prose" et "Lectures pour les jeunes filles ou leçons et modèles de littérature en vers" parus en 1840.

Pour Mme Tastu, "le but est d'inspirer aux jeunes lecteurs le goût et le sentiment du beau en mettant sous leurs yeux les passages les plus admirés de nos meilleurs écrivains et,  en même temps (puisque tout jugement est comparaison),  d'exercer leur jugement en multipliant pour eux les occasions de comparer".

Mme Tastu, qui s'adresse aux jeunes filles, a choisi ce qui pouvait  plus particulièrement les intéresser ou leur être utile.

Dans la préface, pour que soit bien comprise  la terminologie qu'elle emploie, elle donne ses propres définitions de l'histoire, de la morale, des voyages, de la science, du roman, de la prose, de la poésie ...

La poésie, dit-elle "est différente de la prose par le nombre déterminé des syllabes, ou la mesure, le retour convenu des sons, ou la rime, la coupe régulière des périodes, ou le rythme, qui en font une langue à part, qui est au langage ordinaire ce que la musique est aux bruits de la nature".

Avec précision, elle définit la poésie lyrique, épique, dramatique et explicite les genres qui appartiennent à chaque catégorie.

Pour Mme Tastu, la ballade, le rondeau, le sonnet sont maintenant "hors d'usage". Elle termine sa préface, en citant quelques règles poétiques tel l'enjambement qui, interdit par Malherbe, retrouve une nouvelle vie, telle l'apparition du hiatus qui apparait notamment dans les locutions adverbiales : "ça et là", "peu à peu", "une à une".

Voici pour terminer le conseil donné par Mme Tastu à "sa jeune amie" :

"Vous voyez, ma chère enfant, combien je vous induirais en erreur en vous répétant le vieux code poétique aussi peu en vigueur aujourd'hui que la législation de notre ancienne monarchie. Je me bornerai donc à vous dire :

Quand vous voulez juger en poésie, examinez si le sentiment vous touche, si la pensée vous frappe, si en lisant haut, simplement, avec le soin de bien observer la ponctuation, votre oreille est satisfaite, enfin, si après la lecture une impression douce ou profonde vous demeure dans l'âme et dans la mémoire, et vous serez sûre de ne pas vous tromper sur le mérite d'un morceau ; en un mot, n'écoutez en fait d'art, que votre impression".

Mon regard s'est naturellement attardé sur ces quelques lignes qui, par des mots simples, parlent si bien de l'art poétique.

Madame Tastu, une merveilleuse pédagogue !