Amable Tastu, commence une lettre qu'elle souhaite envoyer à Sainte Beuve, à propos de Joseph Delorme, le personnage qu'il crée en 1829 et dont il dit rassembler les poésies et les pensées.  Joseph, une sorte de double de son créateur, va devenir une figure mythique du romantisme : celle du poète malheureux, qui souffre dans son siècle et qui tente en vain de renouveler le langage poétique. 

Mais, selon l'écrivain Francis Ambrière : "Mme Tastu s’[étant] avisée (...), dans  la lettre qu'elle était en train d'écrire à Sainte Beuve, qu’elle prenait trop vivement le contre-pied des pensées de Joseph Delorme(..), elle la met de côté, et en fait une autre, plus brève, s’excusant sur le manque de temps pour remercier mieux."

Voici un extrait de ce mot :  « […] si [Joseph Delorme] vivait et que j‘eusse été à portée de le rencontrer, j’aurais eu assurément quelque discussion avec lui sur ses idées en littérature. Vous entendez que je fais d’abord la part de la reconnaissance que je lui dois pour le bien qu’il dit de moi, cette indulgence de sa part m’aurait fait deviner tout de suite qu’il était de vos amis quand même vous ne me l’auriez pas dit. 

Mais passé cela, je l’aurais attaqué à outrance sur ce projet de vouloir systématiser les formes poétiques. Le Système est la mort des arts et dans ce moment il a une tendance à tout envahir qui m’effraie. Par bonheur il est sur un terrain trop mobile pour qu’on puisse l’y asseoir solidement et j’affirmerais que parmi les littérateurs qui établissent des règles, il n’en est point qui ne soient prêts à les transgresser. Qu’est-ce aussi qu’une école en poésie ? Une école, bon Dieu ! J’aimerais autant une académie ! […]

Le Fonds Madeleine et Francis Ambrière. - Bibliothèque de l'Institut de France ...
www.bibliotheque-institutdefrance.fr/.../AMBRIERE_Expo2009.pdf