Si sage que fût Mlle Amable Voärt, elle n'en supportait pas moins, dès son plus jeune âge, les injustices.

Une anecdote montre sa force de caractère et mérite d'être soulignée.

Comme le rapporte M. Souriau (1), cette fillette intelligente, à la mémoire surprenante, "accusée d'avoir été distraite pendant un sermon, offre de le reproduire en entier. Et,  en effet, à  la satisfaction du curé, elle lui présente bientôt la reproduction sténographiée de ses paroles."

Cette fabuleuse mémoire, qui ne peut être bénéfique que si elle n'occulte pas l'inspiration créatrice, celle qui deviendra Madame Tastu la gardera toute sa vie. Outre cette mémoire, elle a cultivé dès son jeune âge l'art des vers dont elle aimait faire la lecture à voix haute sans faire de fautes de diction. Elle aimait d'ailleurs tellement l'harmonie musicale qui s'échappait des vers lors d'une diction parfaite qu'elle n'hésitait pas à reprendre tout vers faux.

 

(1) Maurice Souriau, "Grandeur et décadence de Madame Tastu", in Revue des cours et conférences, Paris 1910